Pollueur ou inspirateur ? Quel type de virus émotionnel êtes-vous ?

Et si les émotions étaient aussi contagieuses qu’un virus ? Dans cet épisode, Christophe Haag, nous propose une réflexion inédite : chacun d’entre nous diffuse autour de lui une empreinte émotionnelle, positive ou toxique. Ce phénomène, appelé contagion émotionnelle, transforme nos interactions quotidiennes en véritables chaînes d’influence.

Un concept à la fois puissant et perturbant, surtout dans le monde professionnel où les dynamiques hiérarchiques renforcent cet effet. Alors… quel agent pathogène es-tu au travail ?

Présentation de l'invitée : Christophe Haag

« L’émotion, c’est le virus le plus contagieux au monde. »

Christophe Haag est professeur à EM Lyon business school, docteur en psychologie sociale, chercheur en comportement organisationnel et auteur de plusieurs ouvrages sur l’intelligence émotionnelle. Il est reconnu pour sa capacité à vulgariser les recherches académiques et à les connecter à des enjeux concrets du monde professionnel.

Décryptage des idées clés

Les émotions circulent dans les collectifs plus vite que l’information

Dans un collectif, l’émotion se transmet avant même que les mots n’aient clarifié l’intention. Les neurosciences montrent que l’être humain capte les signaux émotionnels en quelques millisecondes, ce qui fait de l’émotion un vecteur plus rapide que n’importe quel message formel. Cette vitesse modifie profondément la dynamique des organisations. Une tension individuelle devient vite une tension collective ; une anxiété locale se diffuse comme une onde ; une posture apaisée peut rééquilibrer une situation entière.

Cette circulation spontanée explique pourquoi certaines équipes semblent “pesantes” sans qu’aucune faute n’ait été commise, ou pourquoi d’autres fonctionnent de manière fluide malgré des contraintes élevées. La contagion émotionnelle n’est pas une métaphore : c’est un mécanisme réel, qui influence le jugement, l’engagement et la capacité de coopération.

Reconnaître cette réalité permet de comprendre que le climat interne n’est pas un décor mais une variable active. Les organisations qui ignorent cette dimension pensent gérer des compétences ; en réalité, elles gèrent des états internes. Le fonctionnement d’un collectif dépend souvent moins de la qualité des procédures que de ce qui circule entre les personnes avant même qu’elles n’aient parlé.

Chaque individu laisse une empreinte émotionnelle durable sur son environnement

Nos comportements émotionnels ne s’arrêtent pas à l’instant où ils sont exprimés. Ils laissent une empreinte. Comme une trace qui persiste dans un espace de travail, une relation ou une équipe. Cette empreinte résulte de plusieurs mécanismes : mémorisation affective, anticipation des réactions d’autrui, ajustements défensifs ou recherche de rapprochement. Elle explique pourquoi certaines relations professionnelles fatiguent, pourquoi d’autres rassurent, et pourquoi une atmosphère peut demeurer tendue alors que le conflit a cessé depuis longtemps.

L’empreinte émotionnelle agit comme un écho. Ce qui a été perçu influence la manière dont on entrera en interaction la fois suivante. Dans un collectif, cela crée des trajectoires relationnelles : certains installent un climat qui stimule la coopération, d’autres créent des micro-blessures répétées qui détériorent progressivement la confiance.

Prendre conscience de cette empreinte n’est pas une injonction morale. C’est une lucidité. Chaque action émotionnelle — irritation, humour, empathie, mépris, enthousiasme — s’inscrit dans la mémoire des autres et modifie la qualité du lien. Une organisation qui souhaite renforcer sa cohésion doit comprendre que ce ne sont pas seulement les actions visibles qui comptent, mais les traces qu’elles laissent.

L’émotion toxique finit toujours par revenir à celui qui l’a émise

Les environnements professionnels donnent souvent l’illusion que l’on peut “décharger” une tension sur un collègue sans conséquence. En réalité, la toxicité émotionnelle revient inévitablement vers celui qui l’a générée. La psychologie du travail montre que contraindre, humilier, dévaloriser ou imposer une tension au nom du statut a un double effet : elle perturbe l’équilibre de l’autre, mais désorganise aussi celui qui en est à l’origine.

À long terme, ce mécanisme produit un paradoxe : ceux qui diffusent le plus d’agressivité ou de pression sont souvent ceux qui finissent par ressentir le plus de fatigue psychique, de regrets ou d’instabilité interne. L’émotion toxique crée un environnement hostile dont personne n’est protégé, pas même celui qui pense en tirer avantage.

Comprendre ce cycle est essentiel pour les managers et les responsables. La position hiérarchique amplifie la portée émotionnelle d’un geste ou d’une parole. Elle peut créer de la sécurité ou générer de la peur. Et comme toute dynamique émotionnelle, ce qui a été produit revient à son point d’émission, parfois des années plus tard.

Agir avec lucidité émotionnelle n’est donc pas un geste altruiste. C’est une stratégie de stabilité personnelle et professionnelle. Le climat que l’on installe est toujours celui dans lequel on finit par vivre.

Fonction Publique Mon Amour est un média indépendant créé par Linda Comito.
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