La question du sens dans les métiers publics s’impose aujourd’hui avec acuité. Baisse de l’attractivité des concours, interrogations croissantes sur l’utilité de l’action publique, caricatures adressées aux fonctionnaires : le malaise est documenté et ressenti sur le terrain.
Dans cet épisode, Raphaël Yven, cofondateur du réseau Le Lierre, propose une lecture structurante : et si la transition écologique constituait un levier puissant pour redonner cohérence, cadre et ambition à l’action publique ?
À travers son expérience de dirigeant hospitalier et d’animateur d’un réseau de plus de 2 500 professionnels engagés, il défend une approche collective, organisée et profondément ancrée dans les principes du service public.
« La transition écologique recouvre pleinement les principes fondamentaux du service public : égalité, équité, continuité et adaptabilité. »
Raphaël Yven est directeur d’un groupe hospitalier en Bretagne. Il est également cofondateur du réseau "Le Lierre", créé en 2019.
Le Lierre rassemble aujourd’hui plus de 2 500 professionnels de l’action publique en France et à l’international, engagés sur les enjeux de transition écologique. Le réseau est né du constat que ces enjeux restaient insuffisamment structurés dans les institutions publiques et que de nombreux agents engagés se retrouvaient isolés dans leurs démarches.
Le Lierre – Réseau écologiste des professionnels de l’action publique
La crise du sens dans les métiers publics ne se résout pas par des discours mobilisateurs. Elle interroge la capacité des organisations à clarifier leurs priorités et à assumer des arbitrages stratégiques.
Les cadres et dirigeants sont aujourd’hui confrontés à un défi central : rendre lisible la finalité de l’action collective. Lorsque les objectifs sont fragmentés ou insuffisamment hiérarchisés, l’engagement individuel se dilue. À l’inverse, un cap clair, assumé et cohérent permet aux équipes de relier leurs missions quotidiennes à un projet d’intérêt général explicite.
Redonner du sens suppose donc un travail de cadrage : définir des orientations stratégiques stables, expliciter les critères de décision et aligner les pratiques managériales avec les valeurs revendiquées.
La transition écologique, parce qu’elle engage des choix structurants et durables, peut devenir un levier de clarification. Encore faut-il l’inscrire dans les feuilles de route, les indicateurs et les priorités réelles de l’organisation.
Dans de nombreuses administrations, des professionnels portent déjà des initiatives liées à la transition écologique. Mais sans structuration collective, ces dynamiques restent fragiles.
L’isolement des agents engagés crée un double risque : épuisement individuel et perte d’impact institutionnel. Sans espace de coordination, les initiatives demeurent dispersées et peinent à transformer les processus décisionnels.
Pour les cadres et dirigeants, l’enjeu n’est pas seulement d’autoriser l’innovation, mais de l’organiser. Cela suppose de créer des espaces formalisés d’échange, de valoriser les retours d’expérience et d’intégrer ces dynamiques dans les circuits officiels de décision.
Structurer l’engagement écologique, c’est transformer une somme d’initiatives individuelles en capacité collective d’action. C’est aussi envoyer un signal clair : ces enjeux ne sont pas périphériques, ils relèvent du cœur stratégique de l’institution.
La transition écologique agit comme un révélateur. Elle met à l’épreuve la capacité des institutions à appliquer concrètement les principes qu’elles revendiquent : égalité, équité, continuité, adaptabilité.
Les impacts environnementaux et sanitaires accentuent les inégalités. Ils interrogent la résilience des services publics et leur aptitude à évoluer rapidement. Pour les dirigeants, l’enjeu dépasse la conformité réglementaire : il s’agit d’intégrer ces contraintes dans la stratégie même des politiques publiques.
Adapter les services, anticiper les risques, garantir l’accès aux plus vulnérables et maintenir la continuité en contexte de crise ne sont pas des actions périphériques. Elles redéfinissent les conditions d’exercice du service public.
Faire de la transition écologique un axe structurant revient donc à actualiser les fondements mêmes de l’action publique. C’est un choix de cohérence stratégique, mais aussi un levier puissant de mobilisation et d’attractivité.
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