Municipales 2026 : Les élus ont changé (1\/4)

À l’approche des municipales 2026, les collectivités entrent dans un nouveau cycle politique et organisationnel. Avec le sociologue Jérôme Grolleau, cette série en quatre épisodes décrypte ce qui est réellement en train de changer pour les élus, les cadres et les administrations territoriales.

Depuis plusieurs années, le profil des élus locaux évolue. Culture issue de l’entreprise, attentes accrues en matière de performance et de rapidité : ce premier épisode analyse le basculement en cours et ce qu’il annonce pour le prochain mandat.

« Le changement politique tient aussi au profil de celles et ceux qui exercent le pouvoir. »

L'invité : Jérôme Grolleau

Jérôme Grolleau est sociologue consultant indépendant. Il travaille depuis de nombreuses années auprès des entreprises publiques et des collectivités territoriales, notamment dans le cadre d’études consacrées aux évolutions du travail, du management et des organisations publiques locales.

Décryptage des idées clés

Le profil des élus influence la culture politique locale

Le fonctionnement d’une collectivité ne dépend pas uniquement des orientations politiques affichées. Il dépend aussi du parcours, des références et des expériences professionnelles de celles et ceux qui exercent le pouvoir. L’arrivée d’élus davantage issus du monde de l’entreprise modifie en profondeur la manière d’appréhender l’action publique. Les notions de performance, de résultats visibles, de rapidité d’exécution prennent une place centrale. Ce déplacement culturel n’est ni anecdotique ni neutre : il transforme la manière dont les priorités sont définies, arbitrées et évaluées. Comprendre cette évolution permet d’éviter les malentendus. Il ne s’agit pas d’un choc idéologique, mais d’un changement de logiciel. Pour les cadres territoriaux, la capacité d’adaptation commence par la compréhension de cette mutation culturelle.

La performance devient une attente structurante

La recherche d’efficacité n’est pas nouvelle dans le secteur public. Ce qui change, c’est son intensité et sa centralité dans le discours politique local. Les attentes en matière de rapidité, de lisibilité des résultats et de visibilité des actions s’intensifient. Cette pression n’est pas toujours explicitée, mais elle imprègne les décisions. Elle conduit à raccourcir les délais, à privilégier les projets rapidement démontrables, à valoriser les indicateurs mesurables. Le risque n’est pas la performance en soi, mais son absolutisation. L’action publique locale repose aussi sur des temporalités longues, des équilibres sociaux fragiles et des arbitrages complexes. Lorsque l’exigence de résultats immédiats domine, l’équilibre devient plus délicat. Les cadres doivent alors composer avec cette tension permanente entre efficacité politique et soutenabilité organisationnelle.

Le changement politique est aussi organisationnel

Un renouvellement d’élus n’est jamais seulement institutionnel. Il entraîne des ajustements subtils dans la gouvernance, les circuits de décision et la relation avec l’administration. Les attentes en matière de reporting, de pilotage et de contrôle peuvent évoluer rapidement. Cela modifie la charge cognitive des équipes et la manière dont les priorités sont traduites en action. Ce déplacement organisationnel est parfois plus marquant que les annonces publiques. Les collectivités ne changent pas uniquement par leurs projets, mais par leurs méthodes. Identifier ces évolutions dès le début d’un mandat est stratégique : elles conditionnent la stabilité interne et la capacité collective à tenir dans la durée.

Fonction Publique Mon Amour est un média indépendant créé par Linda Comito.
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